Des Chiens et des Loups

Immédiatement après les guerres de Vendée, les loups se sont multipliés dans notre région comme si ces animaux venaient combler les vides laissés par l’Homme. On les trouve dans les sous-bois, dans le bocage, en Gâtine mais aussi dans le Marais poitevin où ils font des ravages, s’attaquent aux brebis, aux cochons et parfois aux hommes. Dès 1797, le gouvernement souhaite endiguer leur multiplication en organisant des battues. Des primes sont accordées aux chasseurs : 40 francs pour la tête d’un loup ou d’une louve, 20 francs pour celle d’un louveteau et 50 francs pour la tête d’une louve pleine.

Les loups sont de grands voyageurs. Ils parcourent quotidiennement de vastes distances à la recherche de nourriture. Et il n’est pas rare d’en rencontrer même dans la plaine comme en 1798 et 1799 où deux de ces animaux sont abattus près de Coulonges. Quelques années plus tard encore, en 1819, à Saint-Pierre-le-Vieux, le maire se lamente des ravages qu’ils commettent et demande l’autorisation de faire une battue dans les bois de Maillezais.

Il faut attendre le début du XXe siècle pour voir les loups disparaître des départements vendéen et deux-sévrien après d’intraitables traques.

Mais ce ne sont pas les seuls canidés à causer bien des tracas aux populations rurales. Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, de nombreuses plaintes s’élèvent dans la région contre des chiens mal dressés. Il faut dire qu’en cette période troublée, leur présence rassure. Mais plutôt que de défendre leurs maîtres, ils attaquent les voyageurs qui passent à proximité des habitations. L’épouse de M. Jousserand, le châtelain et maire de Denant, en est victime à chaque fois qu’elle doit se rendre à Fontenay. Les fautifs sont Guionnet, le métayer de la ferme du Grand Champdoré à Darlais et Moreau, un autre fermier du village, qui possèdent à eux deux trois chiens « qui jamais ne laissent passer personne sans mordre le cheval sur lequel ils sont montés ». Le drame est même évité un jour de mars 1808 quand la monture de la châtelaine prend peur et s’enfuit au galop. Elle n’est arrêtée que deux kilomètres plus loin, vers Chassenon-le-Vieux, par des fermiers qui parviennent tant bien que mal à faire descendre la pauvre femme apeurée.

En 1808, on apprend par ailleurs que les chiens de Darlais ne sont pas les seuls à troubler l’ordre public. Dans la commune de Xanton, il y a aussi le chien du fermier de la Tabac qui « a arraché un pan de la redingote [au beau-frère de M. Jousserand] ainsi qu’un bout du manteau de M. Fleury de la Bionnière ». À Denant, ce sont Renaudet du bourg et Patarin de Sanguin qui ont chacun « un chien noir bourru ». Enfin, M. Jousserand rend compte qu’un officier des Deux-Sèvres étant venu le voir il y a peu de temps à son château de Denant, le chien de Renaudet « fit quatre trous au jarret de sa jument ».

Si les loups sont aujourd’hui disparus de nos contrées, ce n’est pas le cas des chiens domestiques ou errants qui, à l’occasion, font parler d’eux.

Guillaume PORCHET